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Les rafles des étudiants ouighours en Égypte continuent.

20 août 2019 à 09h14 Par Hanan Zahouani
La Chine demande de lui renvoyer les étudiants ouïghours. L'Égypte s'éxécute.
Crédit photo : http://afrique.le360.ma

Ils sont passés de 6 000 personnes que comptait la communauté ouïghoure d'Égypte à 50 familles encore présentes en Égypte d’après le linguiste ouïghour Abdulweli Ayup. Qui sont ces étudiants de la prestigieuse Université Al-Ahzar ?

Chen Quanquo, ancien gouverneur du Tibet, connu pour sa brutalité et son ethnocentrisme et Secrétaire général du parti communiste de la région ouïghoure, est à l’origine de cette « politique de rapatriement forcé ». Les autorités chinoises n’ont de cesse d’harceler et menacer la communauté ouïghoure égyptienne et leurs familles restées en Chine pour qu’ils rentrent.

Lors des premières rafles d’étudiants ouïghours en situation régulière, au sein de l’université Al-Azhar et hors de tout cadre juridique, en juin 2017 déjà, les rares témoignages recueillis sont empreints du sentiment d'injustice, d'abandon et d'incompréhension.

« Ils viennent ici pour fuir un pays qui maltraite les musulmans, ils voyagent à travers le monde pour venir étudier la théologie. Al-Azhar devrait s’occuper de leur cas, se mobiliser, s’investir, et expliquer la situation, c’est leur rôle en tant qu’institution ».

« Pour la Chine, tous les étudiants d’al-Azhar sont des terroristes »

 

« La plupart ne parlent pas de politique ou d’idéologie, ils veulent devenir imams dans leur village »

 

Pourquoi l’Égypte se met hors la loi et livre des étudiants ouïghours musulmans venus chercher un enseignement théologique ?

La prestigieuse université al-Azhar, une des plus célèbres institutions de l’Islam sunnite accueille depuis des décennies des étudiants issus de la communauté ouïghoure. Sous tutelle du pouvoir égyptien, elle n’a pu rien faire pour faire libérer ses étudiants. Le 21 janvier 2016 en Égypte, Pékin a signé avec Le Caire des accords économiques pour un montant pharaonique de 15 milliards de dollars en plus d’accorder une aide financière d’un milliard de dollars au régime d’Al-Sissi. Les relations politiques entre la Chine et l’Égypte avaient aussi pris un tournant inattendu quand trois semaines avant la rafle de juin 2017 estimée à 90 étudiants ouighours, les deux pays avaient signé un accord sur "la lutte contre le terrorisme". Depuis, les bonnes relations commerciales sont au sommet avec le record de 12,3 milliards d’euros dans la balance des échanges commerciaux bilatéraux en 2018.

Dilnur Reyhan, Ouïghoure, docteure en sociologie à l’INALCO et présidente de l’institut européen ouïghour dresse un constat amer qui n’ouvre guère de perspectives de soutien des gouverneurs arabes à la communauté ouïghoure.

« La répression des Ouïghours n’a jamais été un problème aux yeux des pays arabes »

 

« Pour ces pays, la Chine est plutôt vue comme un sauveur face à l’Occident »

 

Aujourd’hui, 2 ans après, la situation des ouïghours affole de nouveau les rédactions suite à l’arrestation de Abdelmalek, étudiant ouïghour en Egypte. Arrêté en plein jour, menotté et les yeux bandés, cet étudiant a été interrogé par des policiers égyptiens. Dans le commissariat du Caire, où il est placé en garde à vue, des fonctionnaires chinois sont aussi présents pour l'interroger. Le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Hafez, s’en tient à une seule explication d’ordre administrative.

« Les Ouïghours expulsés d'Égypte l'avaient été en raison de l'expiration de leur autorisation de séjour. »

Selon les témoignages rapportés par France Info, la police égyptienne a procédé à plusieurs reprises à des arrestations de Ouïghours dans des restaurants et des grandes surfaces qu’ils ont l’habitude de fréquenter ainsi qu’à leur domicile. Les autorités égyptiennes sont soumises au respect de leurs propres lois et doivent rendre public le lieu et les motifs de leur détention et leur donner accès à des avocats. Mais  comme l’a dit Éduardo MANET dans Quand deux dictateurs se rencontrent, sa pièce de théâtre publié par "Amnesty International" :

« Quelque part dans le monde, deux dictateurs se rencontrent. Ils sont vieux. Vieux, mais taillés dans le roc. Visages granitiques, regards de joueurs de poker. Maîtres de leur propre jeu. Les corps sont massifs, les gestes lents. Et pour cause… chacun porte un épais gilet pare‑balles, par mesure de précaution. Le premier sous une élégante veste signée par un styliste à la mode, l’autre dissimulé sous l’épaisse vareuse de son uniforme. Rencontre au sommet qui fera date dans l’Histoire. Les deux hommes, protégés par des vitres blindées, se trouvent sur la terrasse d’un palais, sorte de forteresse construite au sommet d’une vertigineuse montagne et où l’on ne peut accéder qu’en hélicoptère. (...)

Nul ne sait, ce que ceux-ci, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et son homologue chinois, Xi Jinping se sont racontés.

Hanan Zahouani, animatrice Parler Femmes

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