ALAIN GRESH

12 août 2014 à 23h04 par La rédaction

FRANCE MAGHREB 2

28 mai 1964 : il y a cinquante ans, le roi Hussein de Jordanie inaugurait à Jérusalem encore sous souveraineté arabe le congrès constitutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ce congrès, malgré ses limites, allait marquer le début de la renaissance politique des Palestiniens, après l'écroulement des mouvements de résistance en 1948-1949.

C'est d'abord dans le cadre des bouleversements que connaît le Proche-Orient qu'il faut évoquer la renaissance palestinienne. Secoués par la défaite en Palestine de 1948-1949, plusieurs régimes arabes alliés du colonialisme britannique s'effondrent : prise de pouvoir des Officiers libres en Egypte le 23 juillet 1952, renversement de la monarchie en Irak le 14 juillet 1958. La nationalisation de la Compagnie du canal de Suez le 26 juillet 1956 et la victoire politique du président égyptien Gamal Abdel Nasser après l'agression franco-britanno-israélienne marquent la victoire d'une nouvelle forme de nationalisme révolutionnaire que confirme l'unité syro-égyptienne réalisée le 1er février 1958 et la constitution de la République arabe unie (RAU) sous la présidence de Nasser. Mais les conséquences de la défaite de la Palestine pèsent sur la situation : des centaines de milliers de réfugiés, l'annexion par Israël d'une partie des territoires prévus pour l'Etat palestinien, l'annexion de la Cisjordanie par le roi Hussein. Seule la bande de Gaza, sous contrôle égyptien, garde son autonomie. Le Haut Comité arabe (HCA), qui a dirigé les luttes nationales palestiniennes dans les années 1930 et 1940, n'est plus que l'ombre de lui-même. Il reste dirigé par Hadj Amin El-Husseini, discrédité par son engagement aux côtés de l'Allemagne nazie. Le président Nasser n'a pas confiance en lui et rejette la demande duHCA d'adhérer à la RAU. Il décide de prendre lui-même l'initiative. Le 29 mars 1959, la RAU met à l'ordre du jour de la 31e session du Conseil de la Ligue arabe, la création d'une «  entité(kiyan) palestinienne  ». Il s'agit, pour Le Caire, de mettre sur pied des institutions qui représenteraient les Palestiniens.

LA PALESTINE, UNE ENTITE DANS LE GIRON ARABE

Par cette décision Nasser vise plusieurs objectifs. D'abord, éviter la «  liquidation  » du problème palestinien : on évoque à l'époque une immigration massive des juifs d'Europe de l'Est en Israël et les Etats-Unis relancent leur projet d'installation des réfugiés palestiniens dans les pays arabes  ; le Raïs soupçonne les Occidentaux de vouloir réduire le conflit du Proche-Orient à un affrontement entre Israël et les seuls Etats arabes. Il veut également montrer que la RAU est active sur le dossier et qu'elle trouvera une solution pour les Palestiniens  ; il espère ainsi enrôler ces derniers dans la croisade qu'il a entamée pour assurer son hégémonie dans le monde arabe. Enfin, il cherche à dénier au roi Hussein, qui a purement et simplement annexé le territoire palestinien connu sous le nom de Cisjordanie, le droit de représenter les Palestiniens. Ce n'est que très progressivement que Nasser va définir les contours de cette «  entité  ». Il appelle d'abord à l'élection d'institutions politiques dans la RAU, la Jordanie et le Liban, qui désigneraient un gouvernement représentant la Palestine dans les institutions internationales et adhérant à la Ligue arabe. Devant les réticences des autres pays, le président met sur pied ces institutions à Gaza, dont l'Egypte s'est assuré le contrôle lors de la guerre avec Israël. L'Union nationale palestinienne est créée en 1959 et des élections à un Conseil législatif auront lieu en janvier 1961  ; dans la «  région  » syrienne de la RAU, ces élections se déroulent en juillet 1960...La suite de cet article fort intéressant est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous : http://orientxxi.info/magazine/il-y-a-cinquante-ans-naissait-l,0641
Journaliste au Monde diplomatique, spécialiste du Proche-Orient et animateur
du blog Nouvelles d'Orient. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont
De quoi la Palestine est-elle le nom ?, Editions Les Liens qui libèrent, 2010.