Actualités

Islam - reportage exclusif - France Maghreb 2 assiste à l’implosion du CFCM au cours d’une assemblée générale d’entente de façade

06 juillet 2021 à 19h09 Par Tarek Mami
Quatre heures plus tard, les participants se séparent sur un constat de blocage et de la mise en échec de l’ordre de jour
Crédit photo : France Maghreb2

EXCLUSIF : Un repas interconfessionnel pour tenter de reporter l’assemblée générale du CFCM. Un participant à l’assemblée générale extraordinaire (AGE) du CFCM, du 4 juillet, me chuchote : « Demande à FASSASSI de te raconter, par le menu détail, le repas organisé en présence du Grand Rabbin de France et du président de la fédération protestante pour réconcilier MOUSSAOUI et HAFIZ et faire reporter l’assemblée générale. FASSASI a participé à ce repas et vient de rendre public cette information ».

Je ne prête pas attention, sur le moment, à ce « chuchotage », pour ne pas produire de l’infox. Après vérification, plusieurs participants me confirment ce chuchotage-information, sous le sceau de l’anonymat, bien sûr. Ceux qui dénoncent, à longueur d’années, les ingérences de toutes sortes, dans le culte musulman, y trouveront, certainement, un signe de vigueur de la fraternité et de la concertation entre les responsables des différents cultes de notre pays. Il manque, certes, un représentant du premier culte de France, mais ce n’est, peut-être, que partie remise. 

Manifestement, cette demande de report de l’assemblée générale extraordinaire (AGE) n’a pas abouti. Ce 4 juillet, le conseil français du culte musulman (CFCM) tenait une assemblée générale extraordinaire (AGE), dans un hôtel de la proche banlieue parisienne (Sic), pour tenter de dépasser ses divisions survenues, brutalement, le lendemain de la signature de « la charte des principes pour l’islam de France » (18 janvier 2021), et la production sémantique de deux adjectifs que l’histoire de « la déchirure musulmane » retiendra. « Républicains » pour s’auto-désigner pour les producteurs de la terminologie, et « séparatistes » et « tenant de « l’islam politique », pour désigner leurs adversaires du moment.

Cette AGE met à son ordre du jour la proposition d’adoption de nouveaux statuts, comprenant la suppression du principe de la cooptation de la moitié du collège électoral, la départementalisation de la representation du culte musulman et la mise en place d’une stratégie de travail et d’organisation pour les années prochaines, pour préparer l’échéance de la prochaine élection programmée en 2026. Quatre heures plus tard, les participants se séparent sur un constat de blocage et de la mise en échec de l’ordre de jour.

Un moment de répit et une assemblée qui affiche complet

Convoquée à 14h, par le président du CFCM, Mohamed Moussaoui, (élu le 19 Janvier 2020), les 87 membres de l’institution musulmane arrivent par grappes successives pour atteindre très vite un chiffre qui réchauffe le cœur. Contre toute attente, 86 des 87 membres de l’assemblée générale sont présents ou représentés. Une soixantaine de membres sont présents physiquement, un exploit par ces temps de COVID, et une trentaine sont représentés. «Une très bonne nouvelle, et de bonne augure », exulte un participant, sous le sceau de l’anonymat. Il ajoute, toujours à voix basse : « Beaucoup annoncent, depuis des mois, la mort clinique ou au moins la cassure en deux du CFCM, suite à la création de - la coordination des fédérations musulmanes- je suis heureux qu’il n’en est rien, et que toute la famille CFCM est bien présente ». Un autre participant lâche « si ma mémoire est bonne cette présence constitue un record, depuis la création de notre CFCM, un record qui sera difficile à rééditer ».  L’ambiance est alors à l’optimisme et à « la fraternité.»

Ils sont tous présents

En effet ils sont tous présents. Mohamed Moussaoui, président du CFCM et de l’UMF (union des mosquées de France). Chems-Eddine HAFIZ, Recteur de la Grande Mosquée de Paris et président de la fédération homonyme. Mohsen NGAZOU, le tout nouveau président de la fédération Musulmans de France. Anouar KBIBECH, président du RMF (Rassemblement des musulmans de France). Ibrahim ALCI, président du CCMTF (Comité de coordination des musulmans turcs en France). Fatih SARIKIR, président de CIMG France (Mlli Gûrûs – généralement traduit par vision nationale, et plutôt selon l’association, -vision de Millat - c’est-à-dire l’ensemble des musulmans qui se considèrent comme faisant partie de la lignée d’Abraham). Hamadi HAMMAMI, président de la Fédération « Invitation et mission pour la foi et la pratique» Assani FASSASSI, représentant de la FFAIACA (fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles). 

CFCM-AGE 072021FM2.JPG (93 KB)

Regards dans le rétroviseur : Divisions et rancœurs

Le 18 janvier 2021, cinq fédérations sur neuf composant le CFCM signent, en grande pompes, à l’Élysée, en présence du Président la République «la charte des principes pour l’islam de France ». Trois fédérations refusent de signer cette charte, non pas pour son principe, précisent-ils, de suite, mais pour certaines de ses formulations. Il s’agit du CCMTF, du CIMG et de FOI ET PRATIQUE. Une guerre verbale s’ouvre, alors, par communiqués et tweets interposés entre certains signataires de la charte et les non signataires. Ces derniers sont qualifiés de «séparatistes», de «composante islamiste au sein du CFCM», de tenant d’un «islam politique», d’agents d’une «ingérence étrangère». Le 18 mars, Mohamed Moussaoui, lui-même signataire, pensant pouvoir peser dans le débat fait appel aux citoyens de confession ou de culture musulmane et leur demande de se lever pour libérer la representation du culte musulman de l’emprise des fédérations, notamment en « abolissant le système de cooptation par lequel les fédérations s’octroient le pouvoir de désigner la moitié du conseil d’administration du CFCM, et donc de sa mise sous tutelle». Il faut rappeler que la fédérations présidée par Mohamed MOUSSAOUI ne dispose d’aucun membre coopté. Dans la foulée, le 21 mars, quatre fédérations, membres fondateurs du Conseil français du culte musulman (la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, Musulmans de France et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, ces fédérations sont accompagnées par le rassemblement des musulmans de France qui n'est pas membre du bureau) quittent avec grand bruit, le Bureau exécutif du CFCM et annoncent la création d'une « coordination  des fédérations musulmane » afin de réfléchir à « la refondation de la représentation du culte musulman en France ». A compter de cette date le Bureau du CFCM se réduit et passe de 17 membres à 11. Un seul membre de la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, Abdallah ZEKRI, par ailleurs fondateur et président de l’observatoire contre l’islamophobie, décide de ne pas quitter le Bureau et continue à assister à ses réunions. La représentation au sein du Bureau passe de 9 fédérations à 4. Soit quatre fédérations dedans. Quatre fédérations dehors. Mais si les 4 fédérations fondatrices de la coordination quittent le Bureau, elles ne quittent pas pour autant le CFCM. « Elles ont un pied dedans, un pied dehors », dit un partisan de Mohamed MOUSSAOUI. Le Bureau continue de se réunir dans sa nouvelle configuration, diminuée.

Un torrent de haine

L’apothéose de cette division intervient à l’occasion du mois du Ramadan qui voit la publication de deux communiqués de presse, parallèles, pour le début et la fin du mois saint des musulmans. Ces communiques fixent, l’un au nom du CFCM, l’autre au nom de la coordination les … mêmes dates pour le début et la fin du mois. Tout ça pour ça.  Et dans la foulée beaucoup d’analystes pronostiquent la fin prochaine du CFCM, et au moins sa future cassure en deux. Avec d’un côté, la mise sur orbite d’une nouvelle institution, avec la toute nouvelle coordination des fédérations musulmanes, qui annoncent leur retrait du bureau du CFCM mais pas de l’institution. De l’autre un résidu de CFCM composé des 3 fédérations non signataires de la charte et la fédération présidée par Mohamed Moussaoui, signataire, elle, de la charte. La « cassure » de fait ouvre la voie à des actions sur le terrain et de la communication de deux groupes composés de 4 fédérations chacun. La 9ème composante du CFCM, la Grande Mosquée de la Réunion, a fait elle le choix de ne plus participer aux activités du CFCM, au motif qu’étant la plus ancienne mosquée de France, (inaugurée le 28 novembre 1905), soit une vingtaine d’année avant l’émergence de sa consœur parisienne, (inaugurée le 16 juillet 1926), elle dispose déjà d’une charte pour ses imams et ne souhaite pas la remettre en cause en adoptant celle adoptée en métropole le 21 janvier 2021. Les fédérations non signataires de la charte, dans sa formulation présentée au Président de la République, car selon eux « elle a été modifiée pendant le période ou le recteur de la Mosquée de Paris a claqué une première fois la porte du CFCM avant d’y revenir à la veille de sa signature à l’Élysée », subissent un torrent de haine.

Une perte de 2,5 millions d’euros

La presse de droite et d’extrême droite se déchaine contre les deux «fédérations turques», avec une virulence particulière contre la CIMG (la fédération Mils Guris), qui perd au passage une subvention publique de 2,5 millions pour la construction de sa mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg. Une subvention à laquelle cette fédération a droit, en vertu du droit concordataire local. C’est ainsi que ces citoyens français de confession ou de culture musulmane se voient privés du retour de leurs impôts pour le simple fait qu’ils soient d’origine turque par … leurs parents, pour la plupart d’entre eux. La Turquie n’est pas leur pays, par une majorité d’entre eux, mais celui de leurs parents, voir de leurs grands-parents. La sortie du Ministre des cultes Gérald Darmanin restera dans les annales : «une mosquée soutenue par une fédération qui défend l’islam politique», et d’ajouter qu’il s’agit d’une «ingérence étrangère». Du coup, le Ministre procède, de fait, à «une déchéance de la nationalité», de ces citoyens dont le seul crime retenu est leur origine. Constat. Point de solidarité active de ceux qui se traitent à longueur de conversations parlées et écrites de « frères ».

La fraternité intra CFCM trouve ses limites, dès lors qu’il s’agit de positionnement politique. Les citoyens français d’origine turque deviennent les pestiférés de l’islam de France. Ils sont décrits comme appendice du pays de leur origine, et supplétifs d’un président d’un pays étranger, et cela ne semble émouvoir personne. Ambiance. Les limites de la solidarité citoyenne rejoignent les limites de la fraternité confessionnelle. Les musulmans de la ville de Strasbourg perdent 2,5 millions d’euros, qui seront forcément supportés par les musulmans, dans leur globalité, pour permettre l’achèvement des travaux de cette mosquée. Cette ambiance, nauséabonde, suscitée de l’intérieur même du CFCM est amplifiée par une partie de la classe politique et médiatique qui nourrissent, au quotidien, l’islamophobie. Cette double démarche de dénonciation des «séparatistes», et de l’alimentation de l’islamophobie, nourrissent à leur tour les spéculations sur l’éclatement du CFCM.

France Maghreb 2 révèle les contenus du projet de modification des statuts et du contre-projet de la coordination

La «guerre» médiatique entre les qualifiés de «républicains» et les qualifiés de «séparatistes, suppôts de l’islam politiques»,  dure jusqu’à la convocation par Mohamed Moussaoui d’une assemblée générale extraordinaire et l’envoi d’un projet de statuts pour modifier les statuts de l’institution, projet de modification que France Maghreb 2 a pu consulter. La question récurrente qui s’est alors posée, in mezzo, est la participation ou non à l’assemblée générale de la cinquantaine de membres entre cooptés et élus des fédérations fondatrices de la coordination.  A la veille de la tenue de l’assemblée générale extraordinaire, les représentants de la coordination informent le Bureau de leur participation à ladite assemblée et … Communiquent un projet intitulé «Projet de refondation de la representation du culte musulman», projet de refondation que France Maghreb 2 a pu consulter.

PROJET DE MODIFICATION DES STATUTS

Le projet des statuts proposés au vote de l’assemblée, comprend 15 articles écrits en 12 pages. Il propose : «le CFCM change de nom et devient le « Conseil des Mosquées de France (CMF)»

Ce projet précise « Le Conseil des Mosquées de France », régi par la loi du 1er juillet 1901, de son décret d’application, conformément aux dispositions de l’article 8 de l’accord cadre annexé, ainsi qu’aux présents statuts, ci-après dénommé́ « CMF », regroupe via leurs représentants :

  • LesConseils des Mosquées des Départements, formés sous forme d'association régie par la loi de 1901, représentant le CMF à l’échelon départemental et regroupant les associations gestionnaires des mosquées du département ;
  • Les Conseils des Mosquées des Régions, formés sous forme d'association régie par la loi de 1901, représentant le CMF à l’échelon régional et regroupant les conseils des mosquées départementaux ; »

    Ce projet de nouveaux statuts vise, par ailleurs la suppression du principe de la cooptation par le renvoi à un règlement électoral, non publié.

    « III/ ADMINISTRATION ET FONCTIONNEMENT

    Article 5. Assemblée Générale et Conseil d’Administration 5.1. Composition :

    Le Conseil d’Administration et l’Assemblée Générale sont constitués des mêmes membres qui peuvent être convoqués en CA, en AGO ou AGE selon les modalités des présents statuts.

    Leur mandat est de quatre ans. Le nombre de membres du Conseil d’Administration et leur mode de désignation sont fixés par le règlement électoral. »

    PROJET DE REFONDATION DE LA REPRESENTATION DU CULTE MUSULMAN

    Le «Projet de refondation de la representation du culte musulman» proposé en contre-projet des statuts modificatifs, est écrit sur 4 pages. Il propose de son côté : 

    « Ø Une instance inclusive à caractère consultatif et non exécutif
    En effet, les dossiers liés à la pratique du culte musulman en France nécessitent plutôt de la concertation entre les composantes de l’islam de France et la coordination de leurs actions. Ainsi, chaque Fédération, voire chaque mosquée, souhaite conserver son autonomie dans les actions et n’est pas favorable à une mutualisation des moyens dont elle dispose.

    Cette concertation doit se dérouler suivant 2 axes :

    • Concertation interne : entre les composantes de l’islam de France. C’est la mise en place d’une « choura » permanente entre les acteurs concernés.
    • Concertation externe : entre les responsables du culte musulman d’un côté et les pouvoirs publics de l’autre sur des questions précises. Finalement, la décision revient souvent dans ces cas-là̀ aux pouvoirs publics (exemple : nomination des Aumôniers nationaux par les Ministères concernés).

    Ø Une instance inclusive sans compétition électorale
    La compétition électorale a créé́ des fortes tensions entre les différentes composantes du culte musulman en France. Cette tension s’est installée dans les lieux de culte qui sont devenus des centres de convoitise et le théâtre de concurrences entre les Fédérations à tous les niveaux : national, régional et départemental.

    Ø Une instance ouverte aux compétences au-delà̀ des lieux de cultes.

    De nombreuses compétences qui peuvent apporter une valeur ajoutée à l’instance représentative du culte musulman peuvent se trouver dans la société́ civile, en dehors des Fédérations et des mosquées. Il convient donc d’ouvrir la future Instance représentative à cette catégorie de personnalités qualifiées. »

    Une ambiance bon enfant

    Selon les comptes rendus des plusieurs participants, l’assemblée générale extraordinaire se déroule dans un climat apaisé. Les débats portent sur le projet des statuts modificatifs. L’ambiance serait plutôt bon enfant. Pas d’éclats de voix. Pas de reproches croisés. De longues tirades viennent soutenir la nécessité de l’adoption des statuts proposés par Mohamed Moussaoui. D’autres tirades défendent leurs rejets, la mise en place d’une réflexion à long terme pour la refondation de la representation du culte musulman, et conseillent de tirer les leçons des échecs successifs subis par l’instance, et des différentes tensions vécues, notamment à l’occasion des différentes élections depuis 2003, avec une idée force « aucune fédération ne doit devenir hégémonique », quelque soit le nombre de ses lieux de cultes. Et si d’après les comptes rendus, le contre-projet n’a pas été débattu, par consensus, il est décidé de passer au vote du projet des statuts. Des membres de l’assemblée demandent que le vote intervienne par bulletins secrets, et non à mainlevées. Aussitôt proposé, aussitôt adopté.     

    Cordialité de façade, retour à la case départ et blocage de l’institution

    En attendant la mise en place du matériel électoral, bulletin de vote enveloppe et urnes, (improvisés), les présidents des 8 fédérations composants le CFCM s’assoient en cercle, qui rappelle le cercle Halka soufie, pour deviser sur les objectifs de leur institution, ses perspectives de développement et le prochain renouvellement de la direction en …2026. Entre deux échanges, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine HAFIZ, remet sur la table, selon un participant, la question de la présidence tournante à la tête du CFCM et déclarer, toujours selon ce participant, que la présidence reviendra de droit, en janvier 2022, à sa fédération mais qu’il ne compte passe se présenter à la présidence, mais proposer un autre candidat. Confidence qui reste à confirmer.     

    Le vote, auquel assiste France Maghreb 2, se déroule dans le calme, sans heurts, ni contestations. Les membres présents votent en file indienne, sous le regard vigilant du secrétaire général Fatih SARIKIR, et le chargé du scrutin Aslam Timol, par ailleurs représentant de la Grande Mosquée de Saint Denis. Après le vote, le dépouillement ne provoque pas d’attroupement autour de l’urne. Il revient au secrétaire général d’annoncer les oui et les non, bulletin par bulletin. L’ambiance est toujours courtoise et bon enfant. Mais sous ces airs d’insouciance, certains comptent en temps réel les oui et les non, avec des regards malicieux croisées. Au milieu du décompte le sentiment du non gagnant s’installe. Un dernier flot de oui, puis une voix au milieu de la salle lâche : c’est le non qui l’emporte, juste avant que le secrétaire général confirme la sentence. Pour l’adoption des statuts modifiés : 41. Contre 45.     

    Le nœud gordien du blocage

    Il est difficile de comprendre ce résultat sans décrypter les statuts actuels du CFCM, publié sur son site (https://www.cfcm-officiel.fr) et le mode de désignation de ses membres. Cette instance est composée, en principe, de 90 membres dont la moitié, (45), sont cooptés et représentent les fédérations historiques et les grandes mosquées signataires de l’accord du 16 décembre 2012, et l’autre moitié (45) est élue par les conseil régionaux du culte français (CRCM), sur la base du nombre de mètres carrés par lieu de culte. C’est ainsi qu’en application des statuts, en vigueur, pour le mandat en cours, (2019 à 2025), la Grande Mosquée de Paris le RMF, et MF disposent chacun de 9 sièges de membres coptés, le CCMTF de 6 sièges, le CMG de 4 sièges, la FFAICA de 3 sièges, FOI et PRATIQUE de 2 sièges. Dans ce décompte l’UMF ne dispose d’aucun siège. Ainsi lors de ce scrutin, de 2019, sur les 86 membres électeurs, 30 sont cooptés par les fédérations. 57 sont élus. En termes d’élus, lors de l’élection de 2019, la fédération présidée par MOUSSAOUI remporte 18 sièges, tandis que les 4 fédérations (membres de la coordination), en remportent 12. C’est fort de ce constat et de sa légitimité électorale, que Mohamed MOUSSAOUI plaide pour l’abolition du mode de cooptation, et lui préfère le mode électoral. 

    Composition de l’assemblée générale du CFMC (élection 2019)

    ORGANISATION 

    NOMBRE ELUS

    NOMBRE COOPTÉS 

    TOTAL

     UMF - M. Moussaoui

    18

    00

    18

    CCMTF - I.Alci

    07

    06

    13

    GMP - C.E Hafiz

    06

    09

    15

    RMF - A.KBIBECH

    05

    09

    14

    CIMG - F. Sarikir

    03

    04

    07

    REUNION -A. Timol

    02

    01

    03

    MF - M. Ngazou

    01

    09

    10

    FFAICAA - A.Fassassi

    00

    03

    03

    F & P  - H. Hammami

    00

    01

    01

    TABLIGH - Ch. Yassine

    00

    01

    01

    INDEPENDANTS

    02

    00

    02

    TOTAL

    44

    43

    87

    A l’issue des élections de 2019, l’assemblée générale est composée, de 87 membres, 3 membres n’ayant pas été désignés. 2 membres dans le collège des cooptés. 1 membre dans le collège des élus, suite à une erreur intervenue dans la région Aquitaine. 2 membres de l’assemblée générale sont des élus indépendants. Ils représentent les zones de Picardie et de Mantes.

    De son coté le Bureau est composé de 17 membres. 4 pour l’UMF. 3 pour la GMP. 3 pour le CCMTF. 2 pour le CIMG. 2 pour la FFAICAA. 1 pour MF. 1 pour la REUNION.  Le retrait des 6 représentants de la coordination (3 GMP - 2 FFAICAA - 1 MF) fait passer le bureau de 17 membres à 11 membres.

     Absence de vote par alliance « par pays d’origine », le cas des fédérations « marocaines »

    Si la presse a l’habitude de parler d’un « islam consulaire », et de vote des membres de l’institution musulmane selon leurs pays d’origine, la coalition de vote MOUSSAOUI et KBIBECH aurait renversé la donne. Les deux hommes sont d’origine marocaine, et ont milités ensemble au sein de la même fédération, aujourd’hui éclatée en deux. Les résultats de l’Assemblée Générale du 4 juillet dément cette affirmation de «vote communautaire par pays d’origine» pruvent qu'il n'en est rien. En effet, si la fédération présidée par Anouar KBIBECH avait suivi cette règle de vote par origine, et fait alliance avec « l’autre fédération marocaine », présidée par Mohamed MOUSSAOUI, le résultat du vote de l’assemblée générale extraordinaire du 4 juillet aurait été renversée. Le pour aurait remporté 56 votes (41 +15). Le contre aurait remporté 30 votes (45 -15). Et les nouveaux statuts auraient été adoptés. Les motivations des alliances entre les différentes fédérations au sein du CFCM sont donc à chercher ailleurs.

    Les questions en suspens

    La liste des questions à traiter et à résoudre par le CFCM peut prendre l’aspect d’une liste à « la Prévert », à commencer par la question lancinante des ingérences étrangères, du financement des lieux de cultes et de l’islam consulaire. Mais aussi, dans le désordre. Formation des Imams. Désignation des Aumôniers. Indépendance de l’institution. Fixation des dates religieuses, principalement celles du début et de la fin du le ramadan. Présence des femmes au sein de l’institution. Présence de personnalités qualifiées et compétentes non membre de fédérations. Défense des intérêts des musulmans. Débat sur le choix du terme qualificatif des discrimination subies par les musulmans-français/ français-musulmans entre islamophobie et actes anti musulman. Et la liste n’est pas close.

    Clap de fin

    A l’annonce des résultats, aucun cri ou signe de victoire ou de défaite ne fuse. Aucun débat ou commentaire n’a lieu. Aucune contestation ou protestation ne se manifeste. Tout le monde accepte le résultat sans ciller. Un silence grave envahit la salle. Les membres de l’assemblée s’installent sagement sur leur siège, pour écouter une psalmodie du coran, et une courte invocation. Cette dernière terminée la salle se vide en quelques secondes, sans les traditionnels longs échanges de salutations de fin de réunion.    

    Quelques heures après la clôture de l’assemblée générale du CFCM, si le président Mohamed Moussaoui n’a pas commis de déclaration publique, la coordination sort du bois la première et publie un tweet mentionnant « coordination et CFCM ». Le tweet indique : « Rejet de nouveaux statuts pour le Conseil Français du Culte Musulman.  

    Le lendemain les réactions se suivent. Assani FASSASI publie un long communiqué qui dit tout haut ce qui manifestement n’a pas été dit lors de l’assemblée de la veille. FASSASI donne une lecture qui renoue avec la spéculation de la cassure de l’institution. Pus fort encore il qualifie les gagnants cités nominativement (les membres de la coordination) et les perdants non désignés avec précision (les tenants de l'islam politique et leur allié Mohmed MOUSSAOUI).

    Extraits communiqué Assani Fassssi
    « Le CFCM vient de voter, ce dimanche 04 juillet 2021, à une écrasante majorité pour un Islam éclairé salutaire contre l'islam politique obscurantiste… le choix entre deux tendances pour les représenter. Soit, il se font représenter par les Fédérations signataires de la Charte unies dans <LA COORDINATION des quatre Fédérations> sous l'égide du Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Maître Chems-Eddine HAFIZ et qui prône l'Islam salutaire universel du Prophète Mohamed (Paix et salut sur lui); soit ils se font représenter par les tenants de l'Islam politique et qui refusent de signer La Charte… l'actuel Président du CFCM a opté pour ces derniers, … ce dimanche 04 juillet 2021, <LA COORDINATION > a remporté largement la victoire en obtenant la majorité absolue de 45 voix sur 86 des votants (alors que 28 voix lui assurait la victoire dans ce bras de fer).…Les Français et les pouvoirs publics ont désormais la preuve que les tenants de l'islam politique ne sont qu'une infime minorité… »

    De son côté Mohamed MOUSSAOUI donne sa lecture des résultats de l’assemblée générale extraordinaire de la veille dans une tribune intitulée « Plus que jamais, un fonctionnement démocratique du CFCM s’impose ». 

    Extraits de la tribune de Mohammed Moussaoui
    «L’Assemblée Générale Extraordinaire du CFCM, réunie à Bagnolet le 4 juillet 2021, a été marquée par la plus importante participation depuis la création du CFCM (86 sur 87 membres). Cette participation est le signe d’un regain d’intérêt pour le CFCM qui se trouve de fait dans un tournant de son existence. Les fédérations bénéficiaires du système de cooptation qui leur donne la possibilité de garder une majorité confortable quelle que soit l’issue des élections sont venues en renfort et ont usé de tous les moyens de pression possibles pour le conserver.
    Pour rappel, selon ce système de cooptation, des fédérations dites historiques ont le pouvoir de coopter la moitié des membres de l’Assemblée générale du CFCM et de verrouiller la composition de celle-ci. L’autre moitié, élue par les régions, se trouve sans aucun moyen de faire évoluer le CFCM de l’intérieur.  En effet, avec ses 30 cooptés, la coordination des quatre fédérations est assurée de pouvoir bloquer toute réforme du CFCM, même si ces fédérations n’obtiennent aucun élu.  Le projet des statuts soumis par le bureau du CFCM à l’assemblée générale avait pour objet de mettre fin à ce système antidémocratique…
    Sans surprise, la coordination des quatre fédérations (FNGMP, RMF, MF, FFAIACA), qui avait appelé au rejet de la modification des statuts, l’a obtenu grâce à ses 30 cooptés avec une courte majorité de 45 voix contre 41 voix. Sans ces cooptés, le projet de modification des statuts aurait été adopté à une très large majorité…  

    Face à l’impossibilité de réformer le CFCM de l’intérieur à cause d’un système inique et antidémocratique, les musulmans de France sont dans leur droit de se détourner définitivement du CFCM et songer à une nouvelle organisation de leur culte, plus respectueuse de leur aspiration et de leur intelligence. »

    La derniere phrase de la tribune de Mohamed Moussaoui interroge. Elle va alimenter tous les débats en ce début d’été. Elle permet en effet toutes les interprétations sur l’avenir du CFCM, mais n’ouvre aucune piste ou perspective pour une éventuelle réforme à court terme de l’institution musulmane.    

    Rendez-vous aux prochains épisodes

    En attendant et sans que les uns et les autres se soient souhaités un bel été et des bonnes vacances, à la fin de l’assemblée générale extraordinaire la courtoisie, l’ambiance bon enfant et l’entente de façade, perçues lors de la réunion du 4 juillet, auront eu une brève vie, cinq heures au plus, entre l’ouverture et la clôture de l’AGE. Reste la suite. Un rendez-vous  de travail «  pour continuer à débattre » est  proposé,  sans fixation de date et de lieu. L’été portera conseil. Mais les dates des prochaines confrontations sont, quant à elles, déjà connues. Le premier rendez-vous est fixé en janvier 2022. Il posera la question de la présidence tournante de l’institution. Cette derniere doit revenir, selon l’accord de 2019, à la Grande Mosquée de Paris, dont les représentants, en dehors de Abdallah ZEKRI se sont retirés du Bureau du CFCM. Abdallah Zekri sera-t-il le candidat de la GMP ? La bataille politico- juridique de cette présidence est sur les rails. Le second rendez-vous est fixé pour le ramadan en avril 2022. Cette date coïncidera pile poil avec l’élection présidentielle.  

    M. Moussaoui.JPG (91 KB)

    C.E. Hafiz.JPG (83 KB)

    F. Sarikir.JPG (87 KB)

    Hafiz et Zekri.JPG (117 KB)

     Reportage réalisé par Tarek Mami