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Sahara occidental : le Président Trump entre businessman et pyromane.

12 décembre 2020 à 00h45 Par Tarek Mami
Tarek Mami est Directeur de France Maghreb 2, journaliste et fin connaisseur des enjeux géopolitiques et des faits socio-culturels en France, au Maghreb et dans le monde arabo-musulman
Crédit photo : DR

Le président américain Donald Trump annonce, comme à son habitude par deux Tweets, la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara (occidental – marocain), en contrepartie de la reconnaissance d’Israël par le Maroc et l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays.

Question :

Pour commencer cette chronique, je me pose une question : L’Etat marocain avait-il besoin de la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara pour normaliser avec Israël ?  Ma réponse est non. Le Maroc est une vieille monarchie de plus de cinq siècles, et un pays souverain. Il peut prendre toutes les décisions politiques qu’il juge dans son intérêt.

Lier la normalisation avec Israël à la souveraineté sur le Sahara, déjà acquise de fait, par les armes et par la diplomatie, quarante pays africains sur cinquante-huit reconnaissant déjà cette souveraineté, sera analysée avec le temps, comme une erreur politique, car elle revient à donner une reconnaissance politique contre rien, ou plutôt contre ce que le Maroc possède déjà. Et c’est en ça que Le président américain Donald Trump est un businessman redoutable. Il vend des mirages. Il dépouille et détrousse les possédants de ce qu’ils ont, sans rien leur offrir, en échange.

Une vieille sentence palestinienne dit "celui qui ne possède pas, donne à celui qui ne mérite pas."

Le président américain Donald Trump qui gère l’image et la politique du pays le plus puissant du moment par tweets, en s’adressant d’abord à ses 88 millions d’abonnés, et depuis le 3 novembre, jour des élections présidentielles américains, à se 73 millions d’électeurs, vient de démontrer une nouvelle fois ses talents de businessman et sa phrase favorite, dite à l’endroit du prince héritier saoudien, « Tu me donnes je te donne !»

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Cette fois, le président américain Donald Trump passe d’un Sahara à un autre. Du Sahara saoudien, dans son sens de désert intellectuel. Au Sahara dit occidental ou marocain, selon les points de vue, territoire historiquement marocain, pays monarchie dont la souveraineté s’est étendue jusqu’à Dakar et Tomboctou, avant de voir cette portion de son territoire passer sous occupation et colonisation espagnole jusqu’à 1975. A compter de cette date ce territoire est disputé entre le royaume chérifien et la population habitant au Sahara sous colonisation espagnole, population représentée par le Polisario mouvement dit de libération nationale soutenue par l’Algérie.

Le Sahara entre légitimité juridique et légitimité historique

La question du Sahara pose deux questions juridiques en termes de droit international. D’une part le principe de l’intangibilité des frontières issus des colonisations. D’autre part le droit des peuples, sortis des colonisations, de disposer d’eux-mêmes

A ces deux principes du droit international, le Maroc oppose sa souveraineté passée sur ce territoire, et sa récupération pacifique par le truchement de la marche verte en 1975. Une reconquête territoriale sans effusion de sang. Depuis cette date, une bataille diplomatique intense oppose le Maroc à l’Algérie, par Polisario interposé. Et ce sont les peuples marocains et algériens qui en paient le prix fort. Toute une génération d’algériens et de marocains, âgés de près de 50 ans, ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés, à cause de la fermeture des frontières terrestres, conséquence, au moins, indirecte de ce conflit. Plus encore, ce conflit entraine, depuis 1975. la perte d’au moins un point de PIB par chacun des pays, perte qui touche  également la Tunisie.

Le Sahara entre ONU et diplomatie mondiale

L’ONU et la diplomatie mondiale travaille officiellement à résoudre le conflit du Sahara par la mise en place d’un referendum dont le principe est accepté par les parties et les modalités d’application sont refusées par les parties.

Trump dégaine ses tweets empoisonnés

C’est dans ces conditions que Le président américain Donald Trump vient jouer ses deux rôles favoris. D’une part, son rôle de businessman, en disant « Je te donnes ma reconnaissance de ta souveraineté sur le sahara, en Contrepartie, tout de suite et immédiatement, tu me donnes ta reconnaissance officielle et publique d’Israël ». D’autre part, son rôle de pyromane (et même pas pompier) qui dit après moi le déluge. Il s’en fout des réactions, des sentiments, et des émotions des peuples, des relations entre ces peuples, et leur sacralisation de la question palestinienne. Le président américain Donald Trump qui a vendu à son peuple l’idée de « Américain first » fait une politique qui devient « Israël first ».  

 Trump ministre des affaires etrangères d’Israel

A ce titre l’histoire fera peut-être du président Trump, plus le ministre israélien des affaires estrangères, que le président américain

Beaucoup ont voulu faire de Trump le président américain qui n’a pas déclenché de nouvelles guerres, à l’étranger, au cours de son mandat.  En réalité le président Trump a fait pire. Il a cassé le thermomètre des relations internationales. Il a fait exploser le peu de traités internationaux qui servaient de lien de pacification entre les états et les peuples. Il a quitté les accords de paris sur le climat. L’accord sur le nucléaire iranien. L’Unesco. Fermé l’ambassade palestinienne. Arrêté le financement de l’UNRWA qui soutient les secteurs de la santé et l’école des palestiniens. Reconnu Jérusalem, Al-Qods, comme capitale uniquement d’Israël. Déclaré le Golan syrien territoire israélien. Parrainé la normalisation isral – Emirats. Imposé la normalisation à Bahreïn, au soudan et maintenant au Maroc. Et la liste est longue de ses dé- tricotages des accords internationaux.

Le sahara et l’avenir du Maghreb et de la région

Maintenant que les tweets ont remplacés les vieux câbles diplomatiques, un nouveau chapitre d’«optissimisme » s’ouvre. Et personne ne peut prévoir, à ce stade dessiner ses contours. Plus de paix ? Plus de guerre ? Trump devrait tweeter « wait and see ! ».

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 Tarek Mami Directeur de France Maghreb 2 et journaliste