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Tribune de Rudy Kazi : la Journée de Commémoration du Souvenir de l'Esclavage et de son Abolition

12 mai 2020 à 02h43 Par Rudy Kazi
"L'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848" par l'artiste François-Auguste Biard
Crédit photo : DR

Aujourd'hui nous commémorons un déconfinement utile au point d'avoir candidement oublié malgré tout de commémorer l’abolition de l’esclavage en cette « Journée de Commémoration du Souvenir de l'Esclavage et son Abolition » célébrée pour sa première fois il y a maintenant 14 ans.

Retour en arrière. Peu de personnes le savent mais l'intérêt de l'esclavage était et a toujours été économique et son abolition revêt aussi un caractère économique.

L'esclavage en France est aboli « législativement » le 27 avril 1848. Toutefois il continue de façon officieuse dans les colonies caribéennes françaises et sur le continent africain sous la forme de l'asservissement clandestin et du travail forcé.

Certes, l'abolition de l'esclavage avait été proclamée au Portugal (le 12 février 1761) et en Grande-Bretagne (8 août 1833) alors première puissance maritime et économique au monde mais la perte économique causée par l’émancipation créait de facto un désavantage sur les autres nations récalcitrantes sur la question de l’émancipation de leur esclaves. C’est ainsi que la Grande-Bretagne imposait l'abolition aux autres nations occidentales afin de ne pas se retrouver seule à ne plus profiter de la manne financière colossale qu'apportaient le sucre, le cacao, le coton, les bananes et autres produits exotiques provenant du labeur des esclaves africains.

Or, il fallait trouver d'autres sources de richesse pour maintenir la croissance des pays occidentaux qui était en plein boum économique car nous sommes quand même dans la période de la révolution industrielle (encore la donnée économique...).

Les États occidentaux se surveillaient alors les uns les autres pour voir qui profiteraient encore de l'esclavage pourtant aboli sur le plan « droit international » qui en réalité cela n'a jamais vraiment cessé car certes on a stoppé les négriers mais certains se sont spécialisés dans l'exploration africaine et sud-américaine menés par des hommes d'affaire ambitieux financés par l'Etat et des philanthropes (un peu comme dans Indiana Jones mais en plus méchant...)

C’est ainsi que l'intérêt de l'Etat pour l'Afrique et ses terres intérieures s’en retrouve augmenté. L'Etat français va lancer plusieurs expéditions bien avant la conférence de Berlin (1885) avec pour prétexte d’apporter la « civilisation » et de préserver Les Droits de l'Homme des africains contre les méchants esclavagistes en roue libre résistants à l’ordre de l’abolition de la traite et de l’esclavage à une époque où les français sont de plus en plus touchés par les sincères idéaux égalitaristes de la Société des Amis des Noirs militants pour l’interdiction de la traite.

C'est avec ce discours propagandiste répandu dans une population française ne voulant plus entendre parler d'esclavage qu'il s'est engouffré dans les entrailles de Mère Afrique pour continuer de s'enrichir par une autre forme d'asservissement. On parle de travail forcé avec les africains locaux faisant s'effondrer les quelques royaumes locaux restants par des guerres violentes (le royaume du Dahomey etc.) en tuant pour l'exemple, asservissant hommes, femmes et enfants et bien sûr en spoliant les terres et les richesses locales avec toutes sortent d'affreusetés connues et inconnues. A noter qu’à cette époque les côtes africaines comptaient des milliers d’esclaves sans destination promis à une déportation avortée par le mouvement abolitionniste des traites négrières avant celui des abolitions de l’esclavage lui-même. Un nombre d’hommes, de femmes et d’enfants très important prêt à l’utilisation notamment au travail forcé bientôt encadré par le Code de l’Indigénat en vigueur de 1887 à 1946 et employé manu militari sur des chemins de fer, dans des mines et autres lieux d’asservissement où ces « travailleurs » recevaient pour seul salaire du sel et du tissu.

Exemple, après l'abolition, en 1854, plus de 18.000 africains ont été engagés par l’administration française pour travailler aux Antilles et en Guyane. Si certains étaient des esclaves d'Afrique rachetés par des agents français à la condition de s'engager aux Antilles, d'autres qui étaient libres ont été convaincus mensongèrement par des conditions contractuelles frauduleuses de s'engager pour le compte d'ex-colons qui, en plus d'être réapprovisionnés en main d'œuvre fraîche ; ont été indemnisés pour la perte de leurs esclaves causée par l'impitoyable abolition...

À la fin il s’agit donc encore et toujours de la question économique qui pèse dans ces motivations où la logique financière et expansionniste est Reine. Malheureusement, les conséquences de l'esclavage (et son code noir) ainsi que la colonisation (et son Code de l’Indigénat) sont toujours là notamment au travers du racisme et la disparité entre les hémisphères nord et sud etc. Malgré cela à la télévision, sauf sur France Ô/TV5/Public Sénat, les médias mainstream ne parlent pas de la « Journée Commémorative du Souvenir de l'Esclavage et de son Abolition » qui fait pourtant parti de notre histoire française.

En conclusion, cet article n'a pas pour objectif de culpabiliser les compatriotes blancs mais plutôt d'inviter à ce que chaque français quelque soit son origine partage cette mémoire et ce souvenir. Ceci afin d’œuvrer ensemble à la lutte contre ce racisme que subissent dans la sphère socio-économique à peu près 15% de français issus d'Afrique, des DOM et du Maghreb avec pour objectif idéalement sincère, pour ma part, de faire France commune.

Rudy Kazi sur RT France : Le racisme conséquence de l'esclavage et de la colonisation