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Tunisie – présidentielle anticipée : Mais qui sont les 26 candidats à la magistrature suprême ? - deuxième partie

12 septembre 2019 à 19h16 Par France Maghreb 2
Crédit photo : Images AA

Après les 16 candidats représentant des partis ou des coalitions, Anadolu propose un aperçu sur le cursus scientifique et professionnel des dix candidats indépendants, ainsi que sur leurs parcours politiques. Partons à leur découverte.

- Hamadi Jébali

Hamadi Jébali est né en 1949. Ingénieur de formation, il dirige aujourd'hui, une société spécialisée en énergie solaire.

Très jeune il rejoint le Mouvement de la tendance islamique, devenu ensuite Ennahdha, dont il intègre le «Conseil des sages» (majless echoura) et devient l'un de ses membres les plus influents. Poursuivi par le régime de Ben Ali, il décidé à en découdre avec le mouvement, il s'exile pour retourner au pays, après le départ de ce dernier.

Avec sa majorité à l'Assemblée constituante, obtenue grâce à une alliance avec Ettakattol et le CPR, Ennahdha le désigne chef du Gouvernement en octobre 2011. La situation politique instable qui atteint son apogée avec l'assassinat du très populaire militant de gauche Chokri Balaïd, l'incite à prendre l'initiative d'inviter ses ministres à présenter leur démission et se propose de former un nouveau Gouvernement de technocrates, sans obédience politique.

Son parti et ses alliés ne le suivent pas et c'est lui qui se trouve poussé à la démission en février 2013. Critiqué au sein même de son parti, il se fait discret puis quitte son poste de second d'Ennahdha en mars 2014, avant d'annoncer le divorce total d'avec le mouvement, à la fin de la même année. Mais il garde assez de soutiens au sein du Parlement pour obtenir le parrainage de dix députés et présenter sa candidature, en indépendant, à la présidentielle du 15 septembre.

- Abdelkérim Zbidi

Médecin hospitalo-universitaire, il est natif du gouvernorat de Mahdia (200 km au sud-est de Tunis) en 1950. Discret et n'ayant pas intégré le parti de Ben Ali, malgré de brefs passages entre 1999 et 2001, à la tête du secrétariat d'État à la Recherche scientifique et des Technologies puis du ministère de la Santé, Zbidi se voit, sans contestation notable, désigné en 2011, ministre de la Défense dans les gouvernements provisoires de Mohamed Ghannouchi et de Béji Caïd Essebsi.

Hamadi Jébali le confirme après les élections de la Constituante. Il démissionne en mars avec l'ensemble du Gouvernement de ce dernier.

Il retrouvera le même poste en septembre 2017, se distinguant par son sérieux, sa sobriété, son labeur, son attachement infaillible aux valeurs républicaines et son patriotisme.

Il collabore étroitement avec Caïd Essebsi, président du Conseil supérieur de la sécurité nationale.

Peu loquace, il se rend quand même populaire par sa neutralité politique, son refus de percevoir ses émoluments et autres avantages de ministre et, surtout, par son courage lorsqu'il a tué toute velléité dans l'œuf, en invitant publiquement les décideurs, les parlementaires et l'ensemble de la classe politique à privilégier l'intérêt du pays et pas les leurs, ainsi qu'à éviter de contourner la Constitution, en exploitant la maladie du président.

Des partis libéraux centristes, des députés, des représentants de la société civile et des hommes d'affaires le poussent à présenter sa candidature, en indépendant, à la magistrature suprême avec un parrainage parlementaire.

- Kaïes Sâyed

Né en 1958, Kaïes Sâyed est spécialisé en droit international général et en droit constitutionnel qu'il enseigne à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, depuis 1999.

Dès 2011, le large public le découvre à travers ses nombreux passages sur les plateaux radio et télévisuels, en tant qu'expert invité pour donner son avis sur tel sujet ayant trait au droit constitutionnel ou tel autre.

Il a été parmi les premiers à avoir dénoncé le 14-janvier, jour du départ précipité de Ben Ali, l'illégalité de l'annonce par le Premier ministre de l'époque, sa décision d'assurer la succession provisoire.

Son flegme, son impassibilité, son arabe invariablement littéraire et ses positions carrées, mais claires, lui ont valu des sympathies parmi l'opinion publique, ce qui l'a amené à envisager l'éventualité de se présenter à la présidentielle. Sa montée dans les sondages l'a encouragé à sauter le pas et c'est en indépendant avec un parrainage populaire qu'il le fait.

- Néji Jalloul

Historien islamologue, Néji Jalloul est natif du gouvernorat côtier de Monastir (150 km au sud-est de Tunis). Licencié de l'Université de Tunis et haut diplômé (doctorat) de la Sorbonne (Paris) il a enseigné, en tant que professeur, l'histoire islamique à la Faculté des lettres de la Manouba (Tunis). Il est également co-fondateur de la Revue tunisienne d'histoire militaire.

Membre du Bureau politique du Parti républicain, il en démissionne en septembre 2013 pour rejoindre Nidaa, cinq mois plus tard. Il est nommé, après les élections de 2014, ministre de l'Education dans le Gouvernement de Habib Essid. Après l'intermède du Cabinet de technocrates de Mehdi Jomâa, il est reconduit en 2016, dans le même poste, par Youssef Chahed.

Il entreprend alors un vaste programme de réformes qui rencontre une opposition farouche de la part du puissant syndicat des enseignants. Un bras de fer s'engage où chaque partie campe sur ses positions, avec pour conséquences des grèves à répétition. L'Union générale tunisienne du travail (UGTT) demande ouvertement sa tête et l'obtient. Il est alors nommé directeur général de l’Institut tunisien des études stratégiques. Il est même proposé au poste de directeur de l'Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences (Alecso), mais c'est le candidat mauritanien qui remporte le scrutin.

Il démissionne en 2019 de Nidaa et de son poste de secrétaire général, sitôt élu. Il se présente désormais en indépendant avec un parrainage citoyen.

- Abid Briki

Enseignant du secondaire et syndicaliste de longue date, Abid Briki est né en 1957.

Du syndicat sectoriel à la centrale de l'UGTT où il occupe, un certain temps, le poste de secrétaire général adjoint et de porte-parole, il est chargé du programme pendant quatre ans, en tant que conseiller, auprès de l'Organisation arabe du Travail.

En 2011, il fait partie de la Haute instance pour la réforme politique et la transition démocratique, en sa qualité de représentant de l'UGTT. Youssef Chahed le nomme ministre de la Fonction publique et de la Gouvernance, en août 2016, un poste qu'il quitte six mois plus tard. Briki est candidat indépendant à la présidentielle avec parrainage populaire, sans le soutien (du moins déclaré) de l'UGTT.

- Amor Mansour

Né en 1958, Amor Mansour suit un cursus de droit, préférant la magistrature au Barreau. Il a occupé divers postes dans différents tribunaux, dont notamment ceux de doyen des juges d'instruction, procureur de la République au Tribunal de première instance de Tunis 2 et président de la Chambre à la Cour de cassation.

En 2015, il est nommé gouverneur de l'Ariana (Grand Tunis), puis ministre de la Justice et, enfin, gouverneur de la capitale où il se rend populaire par la fermeté de sa campagne contre les commerces anarchiques et l'occupation des artères de Tunis.

Amor Mansour est candidat indépendant, parrainé par 10 000 électeurs, seuil requis par la loi électorale.

- Ahmed Essafi Saïd

De longues années installé au Moyen Orient, Essafi Saïd, né en 1953, est journaliste-écrivain qui compte de nombreuses contributions dans des journaux arabes, quatre romans et nombre d'essais politiques, stratégiques et d'histoire.

Proche des courants nationalistes arabes, il rentre définitivement en Tunisie en 2011 et se présente en indépendant à l'élection de l'Assemblée constituante comme candidat de Gafsa (sud-ouest tunisien), sa ville natale, mais il n'est pas élu. A la présidentielle de 2014, à laquelle il participe, il se classe 8è (sur 27 prétendants) avec 0.8 des voix.

Toujours en indépendant, il tentera encore une fois sa chance pour le scrutin du 15 septembre avec un parrainage populaire.

- Hatem Boulabiar

Né en 1971, Hatem Boulabiar est haut diplômé de Tunis et de la Sorbonne en physique, en physique appliquée et en gestion des entreprises. En haut cadre et en conseiller - expert, il exerce dans de grandes firmes en France, à l'exemple de SFR, Bouygues Télécom et Siemens.

Après 2011, il crée sa propre entreprise en Tunisie, non sans avoir rejoint le parti Ennahdha où il est élu dans son Conseil des sages (majless echoura). Récemment démissionnaire avec fracas, suite à la crise qui a secoué le mouvement, à propos des changements opérés sur les listes -élues- proposées aux législatives d'octobre prochain, Boulabiar se présente en indépendant avec un parrainage citoyen. Il a annoncé dans la foulée, la création d'un courant "Indépendants démocrates".

- Seïfeddine Makhlouf

Diplômé de la Faculté de droit de Tunis, Seïfeddine Makhlouf est né en 1975. Il rejoint le Barreau en 2009 et participe à l’observation des scrutins de 2011 et de 2014 dans le cadre de l'Observatoire des élections relevant de l'Ordre national des avocats.

Proche des courants d’obédience islamique et des Comités de protection de la révolution, à la dissolution desquels il s'oppose, il crée en 2019, avec des représentants de ces derniers, la Coalition Al karama (dignité). Il est candidat avec le parrainage de 10 000 électeurs.

- Mohamed Sghaïer Nouri

Né en 1950, Mohamed Sghaïer Nouri est Docteur en économie du développement, spécialisé en électronique. Entrepreneur en planification stratégique, il crée des projets à l'étranger et en Tunisie, servant particulièrement le tissu associatif auquel il propose un modèle de développement local.

Sa candidature à la présidentielle de 2014 n'a pas été retenue, mais il arrive premier au classement de sa circonscription natale Laroussa (gouvernorat de Sidi Bouzid) aux municipales de 2018.

Sghaïer Nouri est co-fondateur de l'Union nationale des indépendants" qui compte soumettre des listes aux législatives d'octobre prochain, mais c'est en indépendant qu'il se présente au scrutin du 15 de ce mois, avec un parrainage citoyen.

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