Algérie : le recours à l'article 102 de la Constitution demandé par Gaïd Salah ne fait pas l'unanimité des partis politiques algériens

Les positions des partis politiques étaient divergentes sur l'appel lancé mardi par le Général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP), pour l'application de l'article 102 de la Constitution comme solution à la crise politique que vit le pays.

27 mars 2019 à 15h28 par La rédaction avec APS

FRANCE MAGHREB 2
Abdelaziz Bouteflika est lâché par l'armée, sa destitution est en cours
Crédit : Google images

Dans ce contexte, le Rassemblement national démocratique RND a salué l'appel de Gaïd Salah, estimant que cela "évitera au pays la situation de blocage".

Dans un communiqué signé par son secrétaire général, Ahmed Ouyahia, le RND a rendu hommage à l'ANP qui "veille à la sécurité de l'Algérie et au respect de la Constitution".

Par ailleurs, le parti a exprimé "sa reconnaissance au moudjahid Abdelaziz Bouteflika pour tout ce qu'il a donné à l'Algérie durant la Guerre de libération nationale et après l'indépendance du pays", l'invitant à "présenter sa démission conformément à l'article 102 de la Constitution".

Le RND a également appelé à la nécessité de former "rapidement" un gouvernement afin d'éviter tout vide constitutionnel ou "autres spéculations".

Pour sa part, le président du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), Mohamed Saïd, a salué l'appel de Gaïd Salah, le considérant comme un début de sortie de crise, appelant à l'application de l'article 102 après la formation d'un gouvernement d'union nationale et la création d'une instance indépendante d'organisation des élections et la révision de la loi électorale pour garantir la transparence des élections.

Le Mouvement Islah a également salué la proposition de Gaïd Salah qui, a-t-il estimé, "répond aux nombreux appels pour la contribution de l'institution militaire dans le règlement de la crise politique actuelle". 

De son côté, le Parti des Travailleurs (PT) a estimé que l'application de l'article 102 "implique le maintien du gouvernement actuel et les deux chambres du parlement, dont l'écrasante majorité du peuple réclame le départ car non légitimes", ajoutant que son application "est porteuse de tous les risques pour la nation, pour sa souveraineté et son intégrité (...)".

Pour le PT, "la seule issue positive, à même de préserver la nation du chaos réside dans le respect de la volonté de la majorité du peuple d’exercer sa pleine souveraineté, définir elle-même la nature du régime à mettre en place et donc la forme et le contenu des institutions dont elle a besoin pour la satisfaction de toutes ses aspirations démocratiques, économiques, sociales, et culturelles", appelant à la convocation de l’assemblée constituante nationale souveraine.

Par ailleurs, le PT a indiqué avoir décidé hier mardi la démission du groupe parlementaire du parti de l'Assemblée Populaire Nationale (APN).

L'application de l'article 102 ne permet pas à elle seule de résoudre la crise

Pour sa part, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a souligné que l'appel du chef d'état-major de l'ANP est une proposition pour une sortie de crise à travers l'application de l'article 102 de la Constitution, affirmant que l'application de cet article "ne permet pas à elle seule la concrétisation des réformes, la transition démocratique et l'organisation d'élections crédibles et transparentes".

Le MSP a également mis l'accent sur la nécessité pour l'institution militaire de "se contenter" d'accompagner l'aboutissement d'un règlement politique de consensus à la crise politique et la préservation du caractère civil de l'Etat algérien, réitérant son appel pour la création d'une instance indépendante d'organisation des élections.

De son côté, le parti Talaie El-Houriyate a estimé que l'appel de Gaïd Salah "illustre la volonté de l'ANP à contribuer 

à trouver une issue rapide à la crise actuelle à même d'éviter que la situation ne se complique davantage".

Pour le parti de Ali Benflis, l'application de l'article 102 à elle seule "ne suffit pas comme base de règlement de la crise politique", soulignant "la nécessité d'assurer "les conditions de transparence" pour permettre au peuple algérien d'exprimer son choix "librement et sans aucune tutelle".

Le Front des forces socialistes (FFS) a, pour sa part, estimé que l'application de l'article 102 "ne répond pas aux revendications du peuple algérien qui demande le changement du système et non un changement dans le système".

Pour le plus vieux parti de l'opposition, le changement "doit être l'émanation de la volonté populaire par l'élection d'une assemblée constituante souveraine et l'avènement de la 2ème république, c'est-à-dire la consécration de l'Etat de droit, l’alternative démocratique et sociale".

"L'article 102 ne répond plus aux revendications du peuple algérien, le peuple veut contrôler son destin, prendre en charge son avenir, un avenir de liberté, de justice sociale et de dignité", affirme le FFS.

Dans le même sillage, le parti El-Fedjr El-Jadid a estimé que l'application de l'article 102 est "insuffisante" pour le dénouement de la situation, soulignant l'importance du respect du cadre constitutionnel pour une sortie de crise.

L'article 102 stipule notamment que lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité d'exercer ses missions, "le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous les moyens appropriés, propose, à l'unanimité, au Parlement de déclarer l'état d'empêchement".