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Macron en Chine, des parts de marché à prendre et une prise de position ferme attendue sur la situation des Ouighours.

05 novembre 2019 à 19h29 Par Samia Chiki pour France Maghreb 2 - Entretien Exclusif avec Dilnur Reyhan
Samia Chiki pour France Maghreb 2- Entretien Exclusif avec Dilnur ReyhanDilnur Reyhan, présidente de l’Institut Ouîghour d’Europe
Crédit photo : REUTERS/ Aly Song

A l’occasion de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Chine depuis ce lundi 4 novembre (par l’inauguration de la 2ème Foire des importations de Shangai), ce dernier a également inauguré ce matin une aile du Centre Pompidou de Shangai en compagnie notamment, du directeur du Parc de Loisirs du Puy du Fou.

Si plus de quarante contrats économiques vont être signés  afin « d’accentuer la présence française »et qu’un partenariat culturel fort est établi, la question des problématiques d’ordre diplomatiques sont également à soulever.

Emmanuel Macron a exprimé avant son départ l’intention d’évoquer le dossier sensible concernant Hong-Kong et la situation des Ouigours, mais l’Elysée rappelle lors d’une conférence de presse  que c le moment  n’est pas opportun pour aborder ces questions.

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Pourtant lors de la dernière visite du président chinois XI Jinping en France en mars 2019, les deux chefs d’Etat avaient plaidé pour  un multilatéralisme fort en déclarant :

«  La France et la Chine estiment que dans le contexte actuel, l’attachement au multilatéralisme  est la meilleure façon de promouvoir la coopération internationale face à la multiplication des risques et défis communs, et de préserver la paix et la prospérité dans le monde ».

(extrait de la Déclaration conjointe entre la France et la Chine sur la préservation du multilatéralisme et l’amélioration de la gouvernance mondiale).

Dilnur Reyhan, présidente de l’Institut Ouîghour d’Europe , sociologue et enseignante à l’Inalco et chercheure à l’ULB  nous a accordé à cette occasion un entretien exceptionnel.


- Pourriez-vous nous rappeler le contexte dans lequel vivent les ouïgours en Chine ?

Dilnur Reyhan : Le conflit sino-ouïghour n’est pas nouveau. Le pays ouïghour que la Chine nomme le Xinjiang et les Ouïghours préfèrent l’appeler le Turkestan oriental ou l’Ouïghouristan.

C’est un territoire colonisé par la Chine populaire depuis 1949, avant cette date, c’était un pays indépendant sous le nom du République du Turkestan oriental.

En 1955, cette région est devenue une des cinq régions autonomes de la Chine, mais durant 70 ans de colonisation, cette autonomie est restée extrêmement restreinte pour être disparue finalement. Juste pour rappeler l’ampleur de cette colonisation, en 1949, il y’avait 4% de Chinois en pays ouïghour, et environs 80% de Ouïghours, dans la statistique en 2010, les Chinois ont grimpé à près de 45% et les Ouïghours sont tombés autour de 45% aussi.

Cette migration massive organisée par l’Etat a totalement bouleversé les équilibres démographiques, sociales, économiques et politique dans la région, réduisant le statut des Ouïghours à des citoyens de seconde zone dans leur propre terre.

Depuis fin 2016, la Chine a adopté une politique génocidaire à l’encontre des Ouïghours mettant un terme définitivement  à la réalité déjà très réductive du statut d’autonomie en interdisant la langue et les pratiques culturelles et religieuses des Ouïghours, en mettant entre 1,5 à trois millions de Ouïghours dans des camps de concentration, en les obligeant à abandonner leur identité ouïghoure et à la remplacer par la culture chinoise.


- Et quelles sont selon vous, les intentions du gouvernement chinois ?

Dilnur Reyhan: La Chine du Président Xi Jinping compte éradiquer toute différence culturelle et imposer une culture unique celle des Chinois revue par le Parti communiste.

Cela a débuté par le pays ouïghour, ensuite les Tibétains, les Musulmans chinois et les Chrétiens chinois, finalement écrasant aussi tout Chinois qui ose à élever la voix contre le régime.

 Cette Chine veut imposer une seule culture unifiée pour une Chine composée artificiellement par des voies coloniales des populations et des cultures extrêmement variées et riches.

Mais dans tout cela, les Ouïghours paient le prix le plus fort, car c’est  toute une civilisation qui a joué un rôle  important non seulement dans l’histoire de l’Asie centrale mais également dans l’histoire de toute l’Asie.

Une culture si riche, si belle est en train d’être éradiquée par un régime voyou dans l’indifférence totale du monde.

                                                                                                            
-Qu’attendez-vous du Président Emmanuel Macron durant cette visite officielle qui a débuté lundi  ?

Dilnur Reyhan: La France brille à l’étranger pour son esprit de liberté et rebelle. La France d’aujourd’hui, en quête de contrats et de yuan chinois, ne doit pas mettre de côté ses propres valeurs et se courber devant le voyou.  On ne peut pas aller en Chine sans évoquer les camps de concentration où sont enfermés des millions de Ouïghours et d’autres populations turciques.

La Chine a averti notre Président de ne pas évoquer les questions qui fâchent.

On verra qui est le Président de France, Xi Jinping ou Macron, pour dicter ainsi la parole du Président français.


-Existe-t-il des moyens de pression possibles  sur la Chine ? Si oui lesquels ?


Dilnur Reyhan: Oui, il  y en a toujours et avec des pays dictateurs qui pensent à acheter tout par l’argent, il faut les traiter dans leurs propres manières.

C’est-à-dire, boycotter les entreprises principales. Beaucoup disent que tout est fabriqué en Chine et qu’il est difficile de la boycotter.

Alors commençons déjà par boycotter Huawei, le géant chinois de télécom, déjà accusé d’espionnage dans de nombreux pays.

Et boycottons aussi tous les produits à base de coton en provenance de la Chine, car 84% du coton vient du pays ouïghour où les millions de détenus turcophones sont devenus des esclaves depuis trois ans.

Il est fort probable que votre vêtement made in China est fabriqué par un esclave musulman dans un camp de concentration devenu camp de travail forcé.

Les marques comme H&M, Zara, Uniqlo, Muji et bien d’autres collaborent avec des entreprises criminelles implantées en pays ouïghour pour profiter du travail gratuit des détenus ouïghours.

Il faut aussi mener des actions de contestation dans les universités pour les obliger à cesser leur collaboration afin de se solidariser avec les plusieurs centaines d’ intellectuels ouïghours détenus dans les camps.

Il faut finalement surtout faire des actions pour exiger la fermeture des instituts Confucius qui sont en réalité des centres d’espionnages et de propagandes du communisme chinois.


- L’ONU a condamné les actes envers les ouighours mais concrètement quelles sont les moyens mis en œuvre ?

Dilnur Reyhan: A ma connaissance,  à part la condamnation de l’ONU et de 23 pays membres, que je précise tous des pays occidentaux, à l’exception du Japon et de l’Albanie, rien de concret n’a été réalisé.

L’ONU a demandé plusieurs fois d’accéder à ces camps de concentration, la demande a chaque fois été rejetée par la Chine.

J’ajoute en outre que la Chine a réussi à avoir l’approbation de 54 pays dans le monde sur sa politique génocidaire contre les Ouïghours, parmi ces 54 pays, près de la moitié sont des pays musulmans. La Chine est devenue le nouveau « Dieu » pour ces pays dits musulmans.

Le Président Emmanuel Macron  terminera sa visite officielle mercredi 6 novembre à Pékin et est donc  très attendu sur cette question des ouighours.