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Tunisie: Le président Kaies Saied clarifie la situation politique aux membres de la délégation du Congrès américain

05 septembre 2021 à 23h36 Par Tarek Mami
Cette rencontre constitue, également,  pour le président tunisien l’occasion de confirmer que les deux pays partagent les mêmes valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie en plus du respect des principes de droit de l’Homme
Crédit photo : Présidence tunisienne

Le président tunisien Kais Saied a reçu, samedi soir, au palais de Carthage une délégation du Congrès américain, composée notamment des sénateurs Chris Murphy et John Ossouf. Donald Blome, L’Ambassadeur américain à Tunis, de Othman Jerandi, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l'étranger

Dans une vidéo publiée par les services de communication du palais de Carthage, le président tunisien s’est montré tout sourire en accueillant la délégation américaine avec un calme et une sérénité qui surprennent  les commentateurs et autres chroniqueurs tunisiens,  nouvelle race de faiseurs d’opinion en Tunisie en s’appuyant sur leur double intervention quotidienne d’une part  sur les réseaux sociaux et d’autre part dans les  médias audiovisuels qui cherchent à faire le buzz comme en France  certaines “télévisions d’opinions continues” (à défaut d’information continue)

Plus encore “un président convaincant” est une nouvelle expression qui fait son entrée dans le débat politique tunisien

Et il y’a de quoi !

Le président semble avoir exhumé les fiches de ses cours sur le droit constitutionnel américain, notamment le texte de la constitution de l’état du Connecticut qui définit les notions de constitution, du peuple,  leurs rapports croisés et qui doit l’emporter en définitive, dans une espèce de rappel de son slogan de campagne “achaabou yourid” (le peuple veut)

Versions croisées

La présidence tunisienne comme à son habitude a publié un communiqué de presse pour relayer le déroulé de la rencontre. De leur côté des membres de la délégation parlementaire américaine ont publiés des tweets pour commenter cette rencontre

Version de la présidence tunisienne

Selon un communiqué de la présidence tunisienne, le chef de l’Etat a assuré que les mesures exceptionnelles prises le 25 juillet 2021 entrent dans le cadre du respect total de la Constitution tunisienne, contrairement aux fausses allégations.

Il répond ainsi, sans le citer, à la campagne médiatique menée par le Lobbyiste tuniso-américain Radwan Masmoudi, membre de la direction du parti tunisien Ennahda d’obédience islamique. Ce dernier mène, en effet, une intense campagne de dénonciations des décisions du président tunisien, auprès de l’administration sous l’intitulé «coup d’état et arrêt du processus démocratique tunisien»

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Le président Tunisien a insisté sur le fait que ses décisions reflètent une large volonté populaire et vise à protéger l’Etat tunisien des tentatives de destruction. Il demande même aux membres de la délégation à s’enquérir auprès de l’ambassadeur américain sur place de l’état de l’opinion publique tunisienne «la rue» comme il dit et de vérifier si les tunisiens approuvent ou contestent ces décisions.

Le président donne «un cours de droit constitutionnel américain» aux membres de la délégation et leur demande de se faire leurs opinions au vu de ces éléments sans se contenter des allégations qui dénoncent ses décisions.

Le communiqué présidentiel ajoute que cette  rencontre était l’occasion pour renouveler la volonté de partenariat et de renforcement des relations historiques entre la Tunisie et les Etats-Unis d’Amérique.

Cette rencontre constitue, également,  pour le président tunisien l’occasion de confirmer que les deux pays partagent les mêmes valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie en plus du respect des principes de droit de l’Homme, de la liberté des peuples et de leur pouvoir, du respect de la Constitution et des conventions internationales et de lutte contre la corruption.

À la fin de la rencontre, la vidéo présidentielle (ci-dessous) montre dans sa dernière minute que le président tunisien offre aux membres de la délégation un tableau contenant une copie manuscrite calligraphiée de ce qui peut être un texte juridique ou une constitution tunisienne qui pourrait être la première constitution tunisienne de 1862, dite “Ahd Al Aman” (pacte de la sécurité). Cependant, le communiqué de la présidence tunisienne ne fournit pas d’informations relatives à ce tableau. Et c’est bien dommage !

Version américaine

De son côté, le sénateur Chris Murphy, a dans plusieurs tweets, résumé cette rencontre qu’il détaille en trois points. Tout d’abord, Il appelle à un retour rapide au processus démocratique et appelle de ses vœux la fin rapide de l’état d’urgence. 

Ensuite, Il indique que le seul intérêt des États-Unis est de faire progresser la démocratie tunisienne et une économie saines pour les Tunisiens, et de préciser que les Américains  ne favorisent aucun parti par rapport à un autre et aucun programme de réforme plutôt qu'un autre, avant d’ajouter que c'est aux Tunisiens qu'il appartient de trancher ces questions.

Cette deuxième assertion amène deux observations.

La première revient au constat du rejet de la demande du lobbyste Masmoudi qui cherchait à faire condamner les décisions présidentielles et donc à valider à l’international la lecture du parti Ennahda et de sa conception «coup d’état».

La deuxième observation révèle le tropisme américain qui compare de bonne ou de mauvaise foi les positions de l’état tunisien et celle de l’un des 350 parti politiques tunisiens, fut-il le parti parlementaire majoritaire.

Le troisième tweet du congressiste américain a quant à lui assuré que les Etats Unis continueront à soutenir une démocratie en Tunisie  qui vient réponde aux besoins du peuple tunisien et qui protège les libertés publiques et les droits de l’homme.

Implication américaine

Les américains se sont impliqués massivement dans le débat politique tunisien, depuis le 25 juillet, date de l’application par le président tunisien de l’article 80 de la constitution tunisienne (équivalent de l’article 16 de la constitution française) et l’adoption de ses «décisions exceptionnelles»

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La visite de la délégation du Congrès américain du mois de septembre est la seconde du genre. Elle succède à la précédente visite du mois d’août dernier.

La délégation américaine a doublé sa rencontre présidentielle avec une seconde rencontre, au siège de l’ambassade américaine à Tunis. Quatre députés tunisiens «gelés» ont assistés à cette réunion. Il s’agit de Saida Lounissi, membre du parti Ennahdha, (présidé par Rached Ghannouchi qui cumule la présidence du parti religieux et celle de l’assemblée nationale tunisienne),  Samira Chaouachi Vice-Présidente de l’assemblée nationale et membre du parti Qalb Tounes, (dont le président Nabil Karoui est actuellement incarcéré en Algérie, pour franchissement illégal des frontières), Marouane Felfel du parti Tahya Tounes (présidé par Youcef Chahed ancien chef du gouvernement tunisien sous la présidence de feu le président de la république Beji Caïd Essebsi, et malheureux ancien candidat à l’élection présidentielle tunisienne de 2019), et  le député indépendant Hatem Mliki.

Les indiscrétions recueillies à la sortie de la rencontre rapportent que les trois premiers députés (Ennahdha, Qalb Tounes,Tahya Tounes) ont plaidé collectivement pour un retour rapide des activités du parlement en critiquant au passage les mesures exceptionnelles prises par le président de la république.

Selon ces mêmes indiscrétions le député indépendant Mliki a pris le contrepied de cette position politique qui dénonce les décisions du président tunisien dans un territoire étranger que constitue le siège de l’ambassade des États-Unis et a défendu la position du chef de l’Etat.

Mieux encore, le député Mliki a fait endosser à Ennahdha et ses alliés la totale responsabilité de la crise qui sévit depuis dix ans.

À ce titre, plusieurs organisations nationales tunisiennes à l’image du syndicat des travailleurs UGTT et de partis politiques à l’instar du parti destourien libre, du parti du peuple, et du parti des travailleurs ont tous refusé d’assister à cette rencontre et dénoncé  avec violence cette rencontre qu’ils qualifient de «ingérence américaine dans les affaires intérieures tunisiennes»

Tarek Mami,

Journaliste / président de France Maghreb 2